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Le comte de Guiche, banni de la cour, se rend à Bidache
Puis le château redevint silencieux jusqu'au
jour où le fils du Maréchal, le comte de Guiche, celui dont
Boileau a célébré la valeur dans le Passage du Rhin vint
l'habiter, mais bien à contre cœur. C'était une sorte d'exil,
Louis XIV l'ayant banni de la cour pour avoir compromis madame
Henriette d'Angleterre par le témoignage d'une passion payée,
dit-on, de retour.
Pour charmer les ennuis d'une solitude qui ne
devait pas être bien sévère puisque la charge de vice-roi de
Navarre et de Béarn lui restait malgré sa disgrâce, il fit
construire la grande terrasse qui relie la ville au château,
l'orangerie, les bassins, les jets d'eau et les importantes écuries
qui existent encore aujourd'hui.
Moins naïf que Guiche, son propre oncle, le
chevalier de Gramont, contraint à s'éloigner de la capitale en
1655 pour un motif de même ordre, recula devant l'exil des
champs, et, puisqu'il fallait quitter la cour de France, il se
rendit le cœur gros, à celle d'Angleterre où Charles II lui ménageait
un excellent accueil. Peut-être eût-il mieux fait de couler
paisiblement à Bidache ses jours de disgrâce, s'il faut en
croire les médisances ou plutôt les calomnies de St-Simon, son
ennemi acharné, mais il y aurait de notre part mauvaise grâce à
le blâmer quand on songe que ce séjour en Angleterre lui valut
d'épouser Mlle de Hamilton et d'être le héros des célèbres Mémoires
de Gramont l'un des plus purs chefs-d'œuvre de la langue française.
Le château terminé et embelli par le comte
de Guiche comprenait alors un très vaste bâtiment sur voûtes,
avec des murs de cinq pieds d'épaisseur. Deux femmes de taille
colossale encadrant la porte d'entrée, supportaient les armoiries
de la maison.
La bibliothèque était placée à l'étage
supérieur de la grande tour ; elle était éclairée par le haut
et recouverte d'un dôme de plus de 30 pieds de diamètre.
Au-dessous se trouvait une galerie de tableaux qui malheureusement
furent détruits par l'incendie de 1799 ; seuls échappèrent au désastre
ceux qui avaient été transportés à Paris du temps de Louis XIV.
Enfin, au rez-de-chaussée était un arsenal contenant un grand
nombre de piques et d'arquebuses qui servaient à armer les
troupes dites « bandes Gramontoises » ; ces armes furent enlevées
par la municipalité de Bayonne en 1790.
L'église de Bidache, à la fois paroissiale
et collégiale possédait divers bénéfices et dîmes conférés
par les seigneurs de Gramont; on y voyait le tombeau de leur
famille, monument en marbre blanc et noir que surmontaient deux
anges de bronze doré tenant un cœur entre les mains : sur une
plaque de marbre blanc étaient gravées des inscriptions et les
armes de la famille.
Pendant la Terreur, le tombeau qui
renfermait, disait-on, des trésors, fut ouvert et le monument
brisé. Une nouvelle église a été reconstruite il y a quelques
années sur l'emplacement de l'ancienne dont l'unique nef a été
conservée. Le tombeau des Gramont rétabli et restauré se trouve
encore aujourd'hui sous le maître-autel.
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